
Sur cette route il n'y a pas d'homme du Verbe. Ils sont partis et m'ont laissé seul. Ils ont emporté le monde avec eux. Question : Quelle différence y a-t-il entre ne sera jamais et n'a jamais été?
Il m'en aura fallu du temps pour me plonger à mon tour dans le dernier McCarthy. "Magnifique" par-ci, "splendide" par-là, "chef-d'œuvre", les louanges n'ont pas manqué a propos de ce roman. Le succès me rend un peu méfiante (c'est mon côté snob). Mais bon, Cormac McCarthy n'est pas Stephanie Meyer ni Stieg Larsson alors j'ai quand même fini par mettre mes préjugés au placard. Grand bien m'en a pris.
Dans un monde dévasté où presque toute vie semble avoir disparu, un homme et un enfant suivent un route vers le sud. Les raisons de ce désastre ne sont pas claires mais on pense fortement à une guerre ou une catastrophe nucléaire. Pour ces deux êtres dont on ne connait pas le nom, la quête est celle de la survie : trouver un abri pour la nuit, manger, marcher et marcher encore. Il n'y a pas vraiment de raisons d'aller dans le sud (si ce n'est d'échapper à la rigueur de l'hiver) mais c'est toujours mieux que de mourir sur place.
La route traversait un marécage desséché où des tuyaux de glace sortaient tout droit de la boue gelée, pareils à des formations dans une grotte. Les restes d'un ancien feu au bord de la route. Au-delà une longue levée de ciment. Un marais d'eau morte. Des arbres morts émergeant de l'eau grise auxquels s'accrochait une mousse de tourbière grise et fossile. Les soyeuses retombées de cendre contre la bordure. Il s'appuyait au ciment rugueux du parapet. Peut-être que dans la destruction du monde il serait enfin possible de voir comment il était fait. Les océans, les montagnes. L'accablant contre-spectacle des choses en train de cesser d'être. L'absolue désolation, hydropique et froidement temporelle. Le silence.
"Absolue désolation". Ces deux mots résument à eux seuls le futur imaginé par l'auteur. Écrit dans un style épuré qui sied parfaitement au décors,
La route est un roman sombre, désespéré qui plonge le lecteur dans l'angoisse brute. C'est que cet apocalypse a des airs de présage tant elle est plausible. Et que sous couvert de roman d'anticipation, McCarthy questionne notre condition d'être humain.
Au milieu de toute cette noirceur, la seule lueur vient de l'amour qui unit ce père à son fils. Le lecteur sent bien que cet amour ne suffira pas à les sauver mais il est un rempart contre la désepérence, une raison de continuer à suivre cette route.
Alors
La route, chef d'oeuvre? Je laisse à chacun le soin de se faire son opinion. Moi, je sais déjà que ce livre laissera des traces.
La routeThe roadCormac McCarthy2006Traduction de François Hirsh